Perdre un proche, une relation, un repère, une part de soi… Le mot « deuil » recouvre des réalités différentes, mais il désigne toujours une expérience de rupture. Le deuil est un bouleversement : il vient toucher l’attachement, l’identité, le sens, et parfois la confiance même dans la vie.
Certaines personnes traversent un deuil entourées et soutenues, d’autres se sentent seules, incomprises, ou contraintes de « tenir » pour les autres. Il arrive aussi que l’entourage, maladroitement, invite à aller vite : « il faut tourner la page », « sois fort », « le temps fera son œuvre ». Or, le deuil ne se commande pas. Il se traverse.
On entend parfois parler « d’étapes » du deuil. Ces repères peuvent aider à comprendre certains mouvements intérieurs, mais il est important de rappeler que chaque deuil est singulier. Il peut y avoir des phases d’apaisement, puis une vague de tristesse. Des moments de colère, d’injustice, de culpabilité. Un sentiment d’irréalité, comme si « ce n’était pas possible ».
La tristesse est souvent au premier plan, mais elle n’est pas la seule émotion présente. Le deuil peut aussi s’accompagner d’anxiété, de fatigue intense, de difficultés de concentration, de troubles du sommeil ou de l’appétit. Parfois, la douleur est très vive ; parfois elle est comme « gelée », et c’est ce gel qui inquiète : « je ne ressens rien… est-ce normal ? »
Certains deuils sont plus complexes à intégrer que d’autres, non pas parce que l’amour était plus grand, mais parce que la perte s’inscrit dans un contexte particulier : décès brutal, accident, suicide, maladie longue et éprouvante, relation ambivalente, séparation, rupture, fausse couche, perte d’un projet, ou encore deuils « invisibles » (ceux que l’on ne reconnaît pas toujours socialement).
Il arrive également que le deuil réactive des blessures anciennes : d’autres pertes, des manques, des abandons, des traumatismes. La douleur actuelle se mélange alors à des douleurs plus anciennes, parfois difficiles à identifier.
La psychothérapie offre un espace où l’on peut déposer ce qui est vécu, sans avoir à être « courageux », sans devoir rassurer l’autre, sans être interrompu ou minimisé. Un lieu où l’on peut parler de la personne disparue, de la relation, de ce qui manque, de ce qui a été vécu, et de ce qui ne le sera plus.
Consulter peut aider à :
L’Approche Centrée sur la Personne, développée par Carl Rogers, repose sur une relation thérapeutique fondée sur l’écoute empathique, l’authenticité, et l’acceptation positive inconditionnelle. Dans ce cadre, la personne endeuillée n’est pas « guidée » vers une manière de faire son deuil, mais accompagnée dans l’exploration de son vécu, à son propre rythme.
Être accueilli(e) ainsi peut permettre de s’approcher de la douleur sans être submergé(e), de retrouver un contact plus juste avec soi, et de laisser émerger, peu à peu, ce qui a besoin d’être reconnu pour pouvoir se transformer.
Un deuil ne « disparaît » pas. Il se métamorphose. Mais lorsque la souffrance reste figée, lorsque la vie semble s’arrêter, ou que la douleur prend toute la place pendant longtemps, un accompagnement peut être précieux.
La psychothérapie ne vise pas à oublier, mais à permettre à la personne de continuer à vivre, en intégrant la perte dans son histoire, et en retrouvant progressivement une capacité à aimer, à désirer, à se projeter, sans trahir le lien.